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Our body, une exposition de corps humains qui pose bien des questions !


Après son passage par la Sucrière à Lyon et malgré les polémiques, l'exposition de cadavres humains déchiquetés débarque finalement à Paris. Cette exposition "privée" est proposée pour 15 euros à l'Espace 12 Madeleine. 
Voici l'article publié par LYon-Actualités en juin 2008 :

D' après le site internet de la Fédération internationale pour la justice en Chine (IFJC), "une pétition circule sur le web pour demander la suspension de l'exposition "Our Body" qui exhibe à la Sucrière de Lyon des cadavres, dont l'origine et les circonstances de décès sont très suspectes".

Un sommet d' hypocrisie
L' exposition proposée par la Sucrière à Lyon, est officiellement privée (et payante) ; hors, les dépliants sont largement distribués sur les présentoirs officiels des mairies d' arrondissements et les images de l' exposition (de corps humains déchiquetés) sont diffusées à la une de tous les journaux gratuits distribués dans le métro. Sous couvert d' information, la plupart des responsables de ces journaux ont publié ces photos, tout en indiquant que pour voir l' exposition, il faudrait faire un acte volontaire, c' est à dire "payer" un droit d' entrée, ce qui est censé préserver les mineurs. Bien que la publicité indique : "Gratuit pour les moins de 3 ans. Prix découverte de 10,70 à 17,70 euros".
Une exposition "fascinante"

Pour la première fois en France, l’exposition anatomique de vrais corps humains : « OUR BODY / A CORPS OUVERT est une exposition fascinante, à la fois "artistique et éducative" qui montre de véritables corps et organes humains. Destinée à tous, cette exposition va littéralement "sous la peau", et révèle les mystères de l’anatomie de l’homme. Plutôt que d’utiliser des modèles anatomiques, OUR BODY / A CORPS OUVERT utilise de véritables corps humains."

D' où proviennent les corps exposés à Lyon ?

C' est la question que pose l' IFJC. L’exposition Our body est constituée de 27 cadavres plastifiés et d’une centaine d’organes. Présentés dans des positions parfois ridicules (jouant aux échecs ou faisant du vélo par exemple). Après une tournée dans plusieurs pays, elle a connu un grand succès au Science Center d’Orlando (les voyagistes vendent des billets combinés avec Disneyland).
Des corps humains ou des oeuvres d' art ?
Les dépouilles exposées sont celles d’asiatiques. Selon le Préfet de la région Rhône-Alpes, que nous avons interrogé, ces corps qui ont été "donnés à la science en Chine", sont "régis par les lois chinoises", c' est à dire que l' exposant a le droit de les exhiber pour d' autres objectifs que la science ; en l' occurence, il s' agirait "d' oeuvres d' art" qui passeraient les frontières comme ce serait le cas pour une momie. Mais les conditions ne sont tout de même pas très claires, en particulier en ce qui concerne les garanties sanitaires. Est ce que ces corps sont ceux de personnes décédées de maladies ? de condamnés à mort ?
Le caractère colonial de l' exposition
Selon l' IFJC, "le caractère colonial de l’exposition devrait n’échapper à personne : il s’agit d’un zoo humain cadavérique ; une visiteuse lyonnaise a d’ailleurs déclaré : « Si c’était des cadavres de Français exposés, même consentants, il y aurait une grande polémique » (Anne B., 23 ans, sur Europe 1)"Les corps exposés sont plastifiés selon la méthode d’un anatomiste allemand, Gunther von Hagens, dont l’entreprise vend dans le monde entier de tels spécimens humains. Fournis par une "obscure fondation de Hongkong" ( Le Monde , 29 mai 2008), leur provenance reste toutefois indéterminée : on sait simplement qu’ils viennent de République Populaire de Chine.

"Les organisateurs de l’exposition américaine ont mentionné la Dalian Medical University, qui a démenti ; Hagens y a été visiting professor en 1996. La société de Hagens a un siège à Dalian qui emploie 250 personnes (selon son site officiel). Dalian est situé entre trois camps de travail forcé.
Le fait qu’il s’agisse de dépouilles d’hommes dans la force de l’âge suscite d’autant plus d’interrogations sur la cause des décès que Hagens a admis que certains des corps qu’il avait exposés en Allemagne avaient une balle dans la tête".
Trafics d' organes de détenus
"On dispose de nombreux témoignages sur le trafic d’organes de détenus chinois. Des corps de détenus du Falungong ont été rendus à leur famille partiellement voire complètement éviscérés (cas de Ren Pengwu, 33 ans, arrêté le 16 février 2001, mort sans motif officiel cinq jours après). Un trafic de corps est d’autant moins exclu qu’en janvier 2007, Hagens a reconnu que des corps de condamnés chinois avaient pu lui avoir été fournis, sans qu’il s’en rende compte…"
"Dans le passé, des détenus ont déjà servi de matériau anatomique", poursuit l' IFJC ... "c’était le cas à Ravensbrück dans le service de Mengele, comme en France au Struthof, où le médecin venait choisir ses pièces sur pied pour les collections de l’Université de Strasbourg. (...)
Les expositions de Hagens ont déjà été vues par 25 millions de personnes à travers le monde ; elles en disent plus sur la mort-spectacle que sur l’anatomie. La science sert ici d’alibi : l’organisateur lyonnais, Pascal Bernardin, connu comme producteur de concerts rock, se présente comme un « homme de spectacle ». Il nie au demeurant tout lien avec Hagens, bien que son procédé soit breveté. Un consultant scientifique de l’exposition, Walter I. Hofman, déclare n’avoir relevé "aucune trace de torture". Un autre, Hervé Laurent, déclare : "Il n’y a aucun problème éthique".
"Ces dénégations multiples ne font qu’ajouter aux doutes sur ce lucratif trafic de cadavres spectacularisés", s' indigne l' IFJC.
On se demande comment ces corps anonymes ont pu parvenir en territoire français, et y circuler alors même que le déplacement de toute dépouille mortelle est bien entendu soumis à restrictions. L’exposition a été refusée par le Musée de l’homme et la Cité des sciences de la Villette ; elle a fait l’objet d’un avis défavorable du Comité consultatif national d’éthique (CCNE). Aucun de ces organismes n’a cependant publié ses motifs, "peut-être pour des raisons qui intéressent la Chine".
La loi chinoise régit cette exposition
Nulle indication n’est donnée sur l’identité des personnes exposées, sur leur avis de décès, ni aucun document attestant qu’elles aient légué leur corps à la science ou que leur famille approuve leur exhibition. Cela semble contraire au code de Nuremberg de 1947, ainsi qu’aux lois françaises des 29 juillet 94 et 4 mars 2002. Pour le préfet Jacques Gérault il n' y a rien à redire : "dans ce cas c'est la loi chinoise qui régit cette exposition... vous savez les chinois n' ont pas le même rapport au corps que nous..." Avant d' ajouter : "là bas, les familles des condamnés à mort doivent même payer la balle qui a servi à les tuer". Oui, c' est vrai que les chinois sont des gens bizarres !
Justement, la Fédération Internationale pour la Justice en Chine rappelle que "Puisque les droits de l’Homme sont universels, ils ne s’arrêtent pas aux frontières d’un pays. Le but commun de ses membres est de défendre et faire respecter les droits de l’Homme fondamentaux, en Chine, pour que la dignité de toute vie puisse y être garantie, de manifester notre humanité commune, et d’être le porte-parole de ceux qui ne peuvent plus parler – les opprimés et victimes de conflits ou d'injustice".

Commentaires

LYFtvNews a dit…
Aprs l'interdiction de l'exposition "Our Body" à Paris, ECPM et Solidarités Chine rappellent que la marchandisation du corps pose un problème d’éthique et de sécurité pour les populations dont sont issus les cadavres voués à être exposés. Le mardi 28 avril, lors de l’audience devant la cour d’appel, l’avocate générale a demandé au juge de « recevoir la plainte des deux associations, au nom des droits fondamentaux individuels ». Elle a déclaré qu’ECPM et Solidarité Chine « œuvrent pour les progrès de la démocratie et des libertés ». Elle a ajouté que l’aspect pédagogique et l’aspect spectaculaire d’Our Body « flirtaient l’un avec l’autre ».
Le monde universitaire et scientifique a également tenu à soutenir la démarche d’ECPM et de Solidarité Chine en leur remettant des attestations destinées à la Cour d'Appel. S’y sont associés un ancien Président de l’Académie de médecine, un membre de l’Académie royale de Belgique, des professeurs agrégés de médecine de Lyon, Marseille, Rouen, Paris, des membres du Comité consultatif national d’éthique, dont le vice président le professeur Pierre Le Coz, des directeurs de recherche du CNRS, des professeurs d’universités etc.
Plusieurs professeurs agrégés de médecine ainsi que la commission santé d’Amnesty France ont confirmé que l'exposition n'avait aucun intérêt pédagogique ou scientifique, et qu'elle était parfaitement contraire aux règles éthiques les plus élémentaires.
Les professeurs agrégés de médecine ont exclu l'hypothèse d'une mort naturelle et confirmé que la qualité des tissus humains des corps exposés apportait la preuve que les méthodes de plastination (ou polymérisation) étaient mises en œuvre dès l'instant du décès de sorte qu'il ne pouvait s'agir que de personnes dont la mort était programmée (sans doute des condamnés à mort).
De nombreux témoignages de sommités du monde médical ont confirmé que les activités de la fondation chinoise auprès de laquelle la société ENCORE EVENTS a acquis les corps leurs était parfaitement inconnue. L'organisateur n'a d'ailleurs pas donné la moindre information sur les vérifications qu'il aurait effectuées pour s'assurer, par exemple, qu'il ne s'agissait pas de condamnés à mort, de prisonniers ou d'handicapés mentaux (la société ENCORE EVENTS n’a pas été en mesure de communiquer les coordonnées de cette fondation au juge).
Incontestablement le procès a permis d'établir que l'organisateur de l'exposition ne dispose pas, contrairement à ce qu'il a constamment affirmé, de la moindre preuve concernant le consentement des personnes dont les corps ont été éviscérés, dépecés et découpés.
Le monde médical a rappelé que la démarche commerciale d'ENCORE EVENTS était indigne d'un médecin alors même que le commissaire de l'exposition est médecin. De nombreux universitaires linguistes, chercheurs scientifiques, philosophes, membres du Comité national d'éthique sont outrés par le caractère mercantile de l'exposition rappelant notamment que les organes exposés auraient été plus utiles pour sauver des vies humaines que pour enrichir le dirigeant d'ENCORE EVENTS.
Le 28 avril, l’avocate générale a d’ailleurs conclu le procès en notant que le seul justificatif de l’appel mis en avant par la société ENCORE EVENTS était le préjudice financier.
Dès lors comment nier le caractère purement mercantile de cette exposition ? Comment nier la commercialisation des corps au profit non pas de la science, de l’art, de la pédagogie mais bien d’une société commerciale qui s’enrichit grâce à des cadavres d’inconnus dont la mort a été programmée ?
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ECPM et Solidarité Chine tiennent à remercier leur avocat dont le professionnalisme et le dévouement exemplaire permettent de lever un immense scandale. Rappelons que Maitre Sédillot est bénévole et ne reçoit aucun émolument pour l’immense travail qu’il fournit dans cette affaire.

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