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Planchon est mort, "la fête doit continuer"

Le milieu du cinéma comme celui du théâtre saluent aujourd'hui la mémoire de Roger Planchon, décédé d'une crise cardiaque à l'âge de 77 ans.
Comme un ultime pied de nez à la profession, Roger Planchon est décédé la veille du lancement du festival de Cannes. "Il a travaillé jusqu'à la dernière minute en se battant pour continuer à faire du théâtre", a souligné son fils Stéphane Planchon, rappelant que son père était encore sur les planches il y a quelques jours pour jouer une pièce de Ionesco.
Son nom était attaché au TNP et à Villeurbanne
Comédien et écrivain, homme de talents et de coups de gueules, Planchon était un metteur en scène autodidacte. Installé dès 1952 au théâtre de la Comédie de Lyon, il a ensuite dirigé le théâtre de la cité, devenu théâtre national populaire de Villeurbanne, pendant local du TNP parisien dirigé par Jean Vilar.
Du TNP à Rhône-Alpes Cinéma
Capable de jouer tous les auteurs, il a mis en scène Shakespeare, Molière ou Dumas mais s'est aussi illustré au cinéma en jouant par exemple aux côtés de Gérard Depardieu dans "Danton" ou "Le retour de Martin Guerre".
Ses films "Dandin" et "Louis l'enfant roi" ont connu le succès et il est tojours resté attaché à la ville de Villeurbanne, malgré certaines campagnes de presse qui l'accusaient de profiter d'une hypothétique position dominante pour "canibaliser" les subventions.
En 1990, il créait une société aux fonds "public/privés" , Rhône-Alpes Cinéma qui, après un passage par la Villa Gillet, déménageait à Villeurbanne à côté du Studio 24, le nouveau pôle cinéma de la région. Cette société anonyme (SA) de production audiovisuelle était son "bébé". Il en était le président et l'actionnaire majoritaire (à hauteur de 85%, les 15% restant appartenant à la Région Rhône-Alpes). Cette structure originale lui permettait de bénéficier d’une avance en compte-courant de la Région Rhône-Alpes à hauteur 3 millions d’Euros par an, ainsi que d’une aide du Centre national de la cinématographie (CNC).
Rhône-Alpes cinéma est coproducteur des films et perçoit donc un pourcentage sur les recettes des entrées, ventes aux télévisions, vidéos, ventes à l’étranger...). Elle assume aussi les pertes et les choix effectués par Planchon, alternant les films à succès et les prises de risque (en un peu plus de dix ans, plus de 150 films ont été co-produits, avec des metteurs en scène aussi divers que Cédric Klapisch (Riens du tout), Claude Lelouch (Tout ça … Pour ça), Elie Chouraqui (Les marmottes), Xavier Durringer (La nage indienne), Jean-Paul Rappeneau (Le Hussard sur le toit), Patrice Leconte (Les grands ducs, L'homme du train, Le parfum d'yvonne), André Téchiné (Les voleurs), Jacques Doillon (Ponette), Gérard Jugnot (Fallait pas !), Jean-Luc Godard (Forever Mozart), Jean-Pierre Améris (Le bateau de mariage, Les aveux de l’innocent), Claude Chabrol (Rien ne va plus), Eric Rohmer (Conte d’automne), Jean-Claude Brisseau (Les savates du bon dieu), Bertrand Tavernier (Histoires de vies brisées), Lucas Belvaux (Un couple épatant / Cavale / Après la vie), Jean Becker (Les enfants du marais, un crime au paradis, Effroyables Jardins), Pascal Thomas (Mon petit doigt m'a dit), Arnaud Desplechin (Rois et reine), Michel Deville (Toutes peines confondues, un fil à la patte), Christian Carion (Une hirondelle a fait le printemps), Philippe Lioret (Mademoiselle), Philippe Muyl (le Papillon) et de nombreux autres.
Comme Molière, Roger Planchon aurait pu terminer sa vie sur les planches puisqu'il jouait encore récemment une pièce de Ionesco à Paris.

Retrouvez ici l'ensemble de la bibliographie et filmographie de Roger Planchon-

Commentaires

l'equipe de Rhône-Alpes Cinéma a dit…
Homme de théâtre, Roger Planchon était aussi un passionné de cinéma. Il avait débuté comme acteur chez Robert Bresson (Un condamné à mort s’est échappé), et toute sa vie il s’est battu pour mêler ses deux passions : le théâtre et le cinéma.
En 1968, à l’époque de la grande aventure du TNP, il crée un réseau de salles de cinéma art et essai : les CNP à Lyon.
En 1987, il réalise son premier film adapté du Dandin de Molière, puis Louis enfant-roi (1993), et Lautrec (1998).
En 1990, fidèle à ses convictions pour la décentralisation culturelle, il propose à la Région Rhône-Alpes la création du premier fonds régional d’intervention dans la production cinématographique : c’est la naissance de Rhône-Alpes cinéma qui en près de 20 ans totalise plus de 200 films coproduits.
En 2002, il ouvre à Villeurbanne un lieu d’un type nouveau, le Studio24, un studio de cinéma qui est également une salle de spectacle .
Depuis 80 ans, aucun studio de cinéma n’avait été créé en province.
Voici quelques semaines, il inaugurait les Studios Lumière, au sein du pôle audiovisuel PIXEL, pour faire face au succès du Studio 24.

Audacieux, visionnaire, tous ceux qui connaissaient Roger Planchon ne pouvaient qu’admirer sa formidable énergie, sa force de travail, sa ténacité dans les combats en faveur de l’Intérêt Général. C’était un homme de projets, toujours tourné vers l’avenir. Il est mort en travaillant, inlassablement.
Il écrivait dans ses mémoires :" Jean Bouise, mon frère, avait viré adieu de son vocabulaire pour un à suivre plus généreux. "

Cher Roger, nous te disons "à suivre ", et nous poursuivrons fidèlement ton ouvrage.


Margaret Menegoz et toute l’équipe de Rhône-Alpes cinéma
Mairie de Villeurbanne a dit…
La réaction de Jean-Paul Bret, maire de Villeurbanne

« J’ai appris le décès de Roger Planchon hier soir, alors que je rentrais, coïncidence, du TNP où se jouait une pièce de Jean-Louis Martinelli. L’histoire de Roger Planchon se confond avec celle de Villeurbanne où, pendant près de cinquante ans, il a défendu sa conception du théâtre. Un théâtre de très grande qualité, un théâtre de “service public”. Il a transformé ce qui n’était en 1957 qu’un théâtre municipal – le Théâtre de la Cité – en théâtre national. Et, depuis 1972, le TNP n’a cessé d’être l’un des plus grands lieux de la création théâtrale. Roger Planchon a fait du TNP l’un des meilleurs exemples de la décentralisation théâtrale.

Comme l’a souligné Patrice Chéreau, Roger Planchon défendait une idée haute et noble de la culture. Il a laissé son empreinte à Villeurbanne qui a gardé cette exigence dans ses choix culturels, sans jamais oublier le mot “populaire” dans son acception la plus généreuse. Roger Planchon a donné de la fierté à cette ville.

Je garderai le souvenir d’un homme d’une incroyable énergie, d’une pugnacité sans concession et d’une grande force de travail. Cette énergie, il l’avait une nouvelle fois déployée avant de quitter le TNP, à défendre le projet d’un cinéma-théâtre qui a donné naissance au Studio 24.

Roger Planchon disparaît alors que le théâtre est en travaux. L’un des plus grands chantiers culturels de France. »
Conseil Régional Rhône-Alpes (communiqué) a dit…
« Avec la disparition de Roger PLANCHON, une mémoire
s’en va, mais c’est une mémoire qui nous restera »
« Avec la disparition de Roger PLANCHON, une mémoire s’en va, mais c’est une
mémoire qui nous restera. Il avait su faire de cet art de l’éphémère, de l’instant unique, un
merveilleux chemin de pierres blanches qui a guidé la vie de ceux et celles qui l’ont croisé.
J’ai découvert le théâtre avec lui. Je me souviens de ses premiers spectacles comme d’un souffle
de vent frais. De Brecht à Shakespeare, de Ionesco à Molière, Planchon n’avait pas de frontières.
Les Trois Mousquetaires, son Tartuffe comme son Schweyk ont résonné comme des coups de
tonnerre : les classiques n’étaient plus embaumés, ils retrouvaient la vigueur de l’universel.
Roger PLANCHON avait su ouvrir la voie à de nouveaux créateurs, Patrice CHEREAU, Georges
LAVAUDANT, Christian SCHIARETTI. Après lui le théâtre ne fut et ne sera jamais plus pareil.
Ce subtil metteur en scène et auteur donnait chair à la force vive des émotions, au refus des
injustices, au besoin impérieux d’un monde meilleur. C’était un homme de fidélités, fidélité à
l’Ardèche de son enfance, fidélité au théâtre qu’il voulait « service public ».
Il avait reçu le flambeau du TNP de Jean VILAR et de Georges WILSON. Ce TNP, au coeur
d’une cité populaire, c’était la consécration de la décentralisation théâtrale. C’est là, en 1968,
que s’étaient réunis autour de lui les hommes de théâtre aspirant au « pouvoir des créateurs »,
c'est-à-dire à la reconnaissance de la place éminente des artistes dans notre société.
PLANCHON, longtemps on l’appellera ainsi, avait eu aussi la géniale intuition de Rhône-Alpes
Cinéma. Puisque les frères Lumière avaient inventé le cinématographe à Lyon, il voulait que
notre région revienne au premier plan du Septième art. Là encore il fut un précurseur, artisan
d’un projet qui laissera des traces : déjà 150 films au générique.
Nous sommes nombreux à le regretter, ici comme ailleurs. Et tout autant à lui dire merci pour
tout ce qu’il nous a offert.
Mes plus sincères pensées vont à sa famille et à ses amis. » Jean Jack Queyranne
Mairie de Lyon (Communiqué) a dit…
La réaction de Gérard Collomb :
"J'ai été profondément ému par la mort de Roger Planchon. Pour moi, comme pour beaucoup de lyonnais, Planchon a marqué toute une vie.
Je me souviens, jeune étudiant, du Théâtre des Marronniers puis de celui de la Cité, enfin, de l'aventure du TNP où Roger Planchon s'est révélé le digne héritier de Jean Vilar.
Les pièces de Planchon nous faisaient découvrir un théâtre dont les pièces les plus avant- gardistes savaient aussi toucher un public populaire.
Roger Planchon qui multipliait tous les talents, auteur, metteur en scène, acteur s'était ensuite tourné vers le cinéma. Il avait créé Rhône-Alpes cinéma afin que cette région qu'il aimait soit au cœur de la production d’aujourd’hui. Il m’avait convaincu de développer Pixel afin de faire de Lyon un vrai lieu de la création cinématographique et de l'image numérique. C’est lors de l'inauguration des studios que nous avions eu notre dernière conversation. Il m'avait dit "il faut que je vous parle d'un projet…" Car Roger Planchon était comme cela, toujours tourné vers l'avenir,toujours bouillonnant d'idées.
Il nous manquera. Il manquera à notre agglomération, à notre région. Il manquera à la Culture française.
Yvon Deschamps, délégué à la culture du Conseil Régional a dit…
« Roger PLANCHON vient de s’en aller, de faire une dernière révérence, de nous
adresser un ultime salut.
Pour avoir, au Théâtre de la Cité, connu mes premiers émois théâtraux, venant d’une banlieue ouvrière du sud-est lyonnais, je dois à Roger Planchon d’être venu vraiment au théâtre avec lui, grâce à lui.
Pour avoir exercé, dans le domaine culturel notamment, plus de 20 ans à Villeurbanne, je sais combien Roger Planchon était là, présent, inspirateur et acteur d’une démarche culturelle qui allait bien au-delà de Villeurbanne, d’une démarche culturelle qui a marqué et marquera nos politiques publiques.
Nous lui devons énormément, je lui dois énormément.Merci Monsieur. Au revoir Monsieur. »

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